Décryptage – La crainte d’un autre type de corruption

Décryptage – La crainte d’un autre type de corruption

PHOTO JONATHAN NEWTON, ARCHIVES THE WASHINGTON POST Le bâtiment de l’ancien Trump International Hotel, à Washington, passé dans le giron de Waldorf Astoria en 2021

Pendant le premier mandat de Donald Trump à la présidence, le Trump International Hotel était l’un des symboles les plus flagrants de la corruption dont l’accusaient ses critiques.

Situé non loin de la Maison-Blanche, l’établissement de luxe était considéré comme un haut lieu du trafic d’influence. Lobbyistes américains, politiciens républicains et diplomates étrangers y frayaient, dépensant sans compter pour se gagner les faveurs du président dont le nom ornait la façade de l’ancien bureau de poste de Washington.

Ce commerce douteux, voire illicite, avait valu à Donald Trump d’être accusé de violer une clause de la Constitution américaine interdisant au président d’accepter « des présents, émoluments, charges ou titres quelconques d’un roi, prince ou État étranger ».

Le 45président n’a jamais été reconnu coupable d’une telle violation. Et son fils Eric, qui gère l’entreprise familiale, a entamé des pourparlers pour récupérer le bail de l’hôtel vendu pour 375 millions de dollars US au Waldorf Astoria en novembre 2021.

Et rebelote ? Oui et non. Car le deuxième mandat de Donald Trump à la Maison-Blanche pourrait avoir un symbole de corruption beaucoup moins subtil que le Trump International Hotel, dont les clients pouvaient au moins citer son emplacement pratique.

Ce nouveau symbole pourrait prendre la forme d’une monnaie cryptée baptisée $Trump et dont le président désigné a procédé au lancement sur son réseau social samedi soir, à deux jours de son investiture à la Maison-Blanche.

« Ce Trump Meme célèbre un leader qui ne recule jamais, quelle que soit la situation », peut-on lire sur le site où les acheteurs intéressés peuvent se procurer avec une carte de débit ou d’autres cryptomonnaies des jetons numériques sur lesquels figure la silhouette de Donald Trump au moment de la tentative d’assassinat dont il a fait l’objet, le 13 juillet dernier.

« Un acte prédateur »

Donald Trump a lui-même présenté la nouvelle monnaie numérique comme un « meme coin », c’est-à-dire une cryptomonnaie destinée à exploiter la viralité d’une personnalité, d’un mouvement ou de tout autre phénomène sur l’internet.

La $Trump a connu le départ fulgurant auquel son créateur était en lieu de s’attendre. Au moment d’écrire ces lignes, sa capitalisation boursière dépassait les 12 milliards de dollars US.

Voilà qui soulève des questions éthiques « sans précédent », a estimé le New York Times, utilisant un euphémisme pour décrire ce qu’un ancien proche de Donald Trump a décrit comme un risque très grave de corruption.

« La chose la plus dangereuse pour le pays à propos de la cryptomonnaie de Trump est ce qui va suivre », a écrit sur X Anthony Scaramucci, devenu un des critiques de Donald Trump après lui avoir servi de conseiller et, pendant quelques jours, de directeur des communications à la Maison-Blanche.

Désormais, n’importe qui dans le monde peut essentiellement déposer de l’argent sur le compte bancaire du président des États-Unis en quelques clics. Toutes les faveurs – géopolitiques, commerciales ou personnelles – sont désormais à vendre au grand jour.

Anthony Scaramucci, ancien conseiller de Donald Trump

Quelques-uns des plus grands promoteurs des cryptomonnaies ont critiqué l’implication personnelle de Donald Trump dans un secteur dont il n’a pas toujours été un partisan (il a déjà qualifié les cryptomonnaies d’« arnaque »).

« Le fait que Trump détienne 80 % du capital [de sa cryptomonnaie] et programme son lancement quelques heures avant son investiture est un acte prédateur et beaucoup vont probablement en souffrir », a écrit sur X Nick Tomaino, ancien dirigeant de la plateforme d’échange de cryptomonnaies Coinbase.

Au cours de la journée de dimanche, Melania Trump a tenté à son tour de profiter des circonstances pour s’enrichir en lançant la $Melania, sa propre cryptomonnaie.

Des conflits d’intérêts à visage découvert

Cela dit, les $Trump et $Melania ne sont pas les seuls exemples de corruption potentielle ou réelle à poindre avant même le début du deuxième mandat de Donald Trump.

Entre dans cette catégorie la décision d’Amazon de verser la somme colossale de 40 millions de dollars US pour obtenir la licence d’un documentaire sur la vie de l’ancienne et future première dame des États-Unis Melania Trump. Selon le New York Post, quotidien pro-Trump, Disney avait jugé que la licence d’un tel film ne valait pas plus de 14 millions de dollars US.

Mais Jeff Bezos, grand patron d’Amazon – et propriétaire du Washington Post et de Blue Origin –, a probablement calculé que cette somme était susceptible de lui attirer les bonnes grâces de Donald Trump, qui lui a mené la vie dure durant son premier mandat. Si tel est le cas, il s’agira d’un investissement relativement modeste.

Bien sûr, Jeff Bezos ne joue pas encore dans la même ligue qu’Elon Musk.

L’homme le plus riche de la planète a dépensé au moins 277 millions de dollars US pour aider Donald Trump à remporter l’élection présidentielle.

Cette somme lui vaudra de jouer un rôle clé au sein d’un gouvernement qui a déjà accordé à ses entreprises des contrats de plusieurs centaines de millions de dollars.

Et comme si ce conflit d’intérêts vertigineux ne suffisait pas, le patron de Tesla, SpaceX et X aura accès à un bureau dans l’Eisenhower Executive Office Building, qui fait partie de l’enceinte de la Maison-Blanche.

Comme le souligne Anthony Scaramucci, tout cela se déroule au grand jour. Et rien ne laisse croire que le Congrès soulèvera la moindre objection face à la corruption réelle ou potentielle, du moins pendant les deux prochaines années où les républicains seront majoritaires.

Quant à la justice américaine, Donald Trump sait déjà qu’il n’aura pas à s’en préoccuper, compte tenu de la décision de la Cour suprême lui accordant l’immunité pour la plupart des crimes qu’il pourrait commettre durant son deuxième mandat à la Maison-Blanche.

C’est donc un autre type de corruption que les Américains peuvent craindre au cours des quatre prochaines années. Un type de corruption qui les rendra peut-être nostalgiques de celle qui pouvait se dérouler jadis sous les lustres du Trump International Hotel.

Richard Hetu – lapresse.ca

Barham

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