Tensions USA-Afrique du Sud : les Afrikaners, entre mythe et réalité

Tensions USA-Afrique du Sud : les Afrikaners, entre mythe et réalité

Tensions avec USA-Afrique du Sud : les Afrikaners: entre mythe et réalité

Des « réfugiés » afrikaners accueillis aux États-Unis : pourquoi cette annonce de Trump fait débat ?

Une cinquantaine d’Afrikaners, une minorité de Sud-africains blancs, descendants des premiers colons européens, vont être accueillis aux États-Unis, ce lundi 12 mai. Donald Trump a proposé de leur offrir le statut de réfugié, estimant qu’ils sont victimes de « discrimination raciale ». Une annonce qui fait rugir l’Afrique du Sud et les associations américaines de défense des immigrés.

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump multiplie les annonces pour mener à bien sa promesse d’organiser « la plus grande opération d’expulsions de l’histoire du pays » : arrestations massives, argent offert aux migrants clandestins pour « s’auto-expulser », demande à la Cour suprême pour révoquer le statut légal de 532 000 immigrés…

Au milieu de cette guerre contre l’immigration, il existe pourtant une exception : en mars, le président américain a proposé d’offrir le statut de réfugié aux Afrikaners, des Sud-Africains blancs, descendants pour la plupart de colons néerlandais. C’est désormais chose faite : une cinquantaine de personnes sélectionnées par Washington se sont envolées de Johannesburg dimanche 11 mai 2025, et doivent arriver aux États-Unis ce lundi.

Pourquoi Donald Trump les accueille-t-il à bras ouverts ? Et pourquoi cette initiative fait polémique ? On vous explique.

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Donald Trump dit accueillir des victimes de « discrimination raciale »

Pour le locataire de la Maison-Blanche, la situation en Afrique du Sud peut être assimilée à un « génocide ». « Ils prennent la terre des fermiers blancs, puis les tuent, eux et leurs familles », a-t-il récemment affirmé, rapporte l’Agence France-Presse (AFP). Mais aucune donnée ne vient soutenir ces accusations.
États-Unis : les démocrates sont-ils anesthésiés ?

Donald Trump fait en fait référence à une loi d’expropriation destinée à contrer les inégalités héritées de l’ancien régime raciste d’apartheid, tombé en 1994. Elle permet à l’État sud-africain de saisir des terres sans compensations, dans de rares cas d’intérêt public, ou dans des conditions très précises, note AP News .

Ce texte a cristallisé les tensions dans le pays, où la minorité blanche, qui représente un peu plus de 7 % de la population sud-africaine, possédait encore 72 % des terres agricoles en 2017, d’après l’AFP.

Certains Afrikaners ont décrié cette loi, qui s’ajoute à de nombreux reproches autour du taux de criminalité particulièrement élevé, de la nationalisation du système de santé et de réformes scolaires qui pourraient limiter l’enseignement en afrikaans, relate RFI .

En signant en février un décret permettant « la réinstallation de réfugiés afrikaners fuyant la discrimination raciale parrainée par le gouvernement [sud-africain] », Donald Trump est devenu le héraut de la cause de ces fermiers sud-africains, note le New York Times .

Selon le journal américain, plus de 8 000 demandes d’installation aux États-Unis ont été faites dans ce cadre.


Tensions avec l’Afrique du Sud, qui dément toute persécution

L’annonce de l’administration Trump a causé de vives tensions avec l’Afrique du Sud, qui nie toute discrimination raciale. Il n’y a « aucune preuve de persécution », a balayé le ministre des Affaires étrangères sud-africain, Ronald Lamola, lundi. « Il n’existe aucune forme de persécution à l’encontre des Sud-Africains blancs ou des Afrikaners », a-t-il insisté.

Des statistiques de la police, évoquées par le New York Times, montrent qu’il existe effectivement des meurtres de fermiers sud-africains blancs, qui sont au cœur des griefs des Afrikaners, mais ces derniers ne sont pas plus vulnérables que d’autres populations dans le pays.

Constat partagé par des experts cités par AP News , qui estiment que si les communautés rurales sont plus vulnérables, c’est à cause de leur isolement et parce que la police y est moins présente.

« La réinstallation de Sud-Africains aux États-Unis sous le couvert du statut de “réfugiés” est entièrement fondée sur des motifs politiques et vise à remettre en question la démocratie constitutionnelle de l’Afrique du Sud », dénonçait Pretoria vendredi.

Le gouvernement a toutefois précisé qu’il « n’empêchera pas les Sud-Africains voulant quitter le pays de le faire ».
Aux États-Unis, la colère des associations de défense des immigrés

L’arrivée des premiers Afrikaners sous le statut de réfugiés n’a pas fait réagir que l’Afrique du Sud. Aux États-Unis, la colère gronde chez les associations de défense des migrants.

Elles ne comprennent pas pourquoi Donald Trump « a suspendu la quasi-totalité des admissions de réfugiés fuyant la famine et la guerre dans des pays comme le Soudan et la République démocratique du Congo », ouvrant toutefois une voie royale pour « les Afrikaners, une minorité ethnique blanche à l’origine du régime brutal d’apartheid en Afrique du Sud », analyse le New York Times.

« Le gouvernement a clairement la capacité de traiter les demandes d’asile quand il le souhaite », a amèrement déclaré au quotidien américain Melissa Keaney de l’International refugee assistance project, qui se bat pour relancer les demandes d’asile aux États-Unis.

Vanessa Cárdenas, la directrice d’America’s Voice, elle, ne mâche pas ses mots : « Il n’y a aucun sous-texte ni rien de subtil dans les connotations raciales et racistes de cette politique d’immigration. »

Les Afrikaners: entre mythe et réalité

L’Afrique du Sud «a fait part de sa préoccupation» aux États-Unis le vendredi 9 mai, après la révélation de l’accueil, dès la semaine prochaine, d’Afrikaners, ces descendants des premiers colons européens que Donald Trump dit être persécutés et à qui il a offert l’asile.  

Alors que l’histoire de l’Afrique du Sud est marquée par des luttes complexes entre peuples autochtones, colons européens et puissances impérialistes, qui sont ces Afrikaners ?  

Au XVIIe siècle, des colons néerlandais établissent un comptoir à la pointe sud de l’Afrique, aujourd’hui Le Cap. Ces colons, appelés «Boers» (fermiers), se sédentarisent et développent une identité distincte, à travers la langue afrikaans et une culture calviniste. Au XIXe siècle, un groupe d’Afrikaners entreprend le «Grand Trek», une migration vers l’intérieur des terres pour échapper à l’autorité britannique, qui avait annexé la région du Cap en 1806. Ce mouvement fonde les républiques indépendantes du Natal, du Transvaal et de l’État libre d’Orange   

La guerre des Boers (1899–1902) 

La guerre des Boers oppose ces colons afrikaners aux Britanniques, désireux de contrôler les riches territoires aurifères du Transvaal et de l’État libre d’Orange. Les commandos boers mènent une guerre de guérilla efficace contre laquelle les Britanniques adoptent une politique de terre brûlée, internant plus de 100000 civils boers, dont 26000 périront dans des camps de concentration.   

La guerre se termine en 1902 par le traité de Vereeniging, qui transforme les républiques boers en colonies britanniques. En 1910, elles fusionnent avec les colonies du Cap et du Natal pour former l’Union d’Afrique du Sud, un dominion autonome au sein de l’Empire britannique.  

L’apartheid: une politique de ségrégation raciale 

Après la Seconde Guerre mondiale, le Parti national, dominé par les Afrikaners, accède au pouvoir en 1948. Le gouvernement en place instaure l’apartheid, un système de ségrégation raciale stricte prônant la prédominance en Afrique du Sud de la race blanche sur la majorité noire. Les lois de l’apartheid interdisent les mariages mixtes, imposent la séparation des races dans les espaces publics et privés, et déplacent des millions de Noirs vers des zones rurales isolées appelées «homelands». Les Afrikaners, eux, bénéficient d’un statut privilégié, accédant aux meilleurs emplois, services et terres. Dans le même temps, des mouvements de résistance, tels que le Congrès national africain (ANC), sont réprimés avec violence. 

La fin de l’apartheid et l’héritage afrikaner 

La fin de l’apartheid survient en 1994, mais les Afrikaners, bien que minoritaires (6% de la population), conservent depuis une influence notable dans les domaines économiques, politiques et culturels. En dépit de politiques de discrimination positive, telles que la loi sur l’équité en matière d’emploi entrée en vigueur en janvier 2025, visant à accroître la représentation des Noirs, des femmes et des personnes handicapées dans les emplois qualifiés, certaines inégalités héritées demeurent.  

Donald Trump souffle donc sur les braises d’un sujet encore non résolu, parlant même de génocide des Afrikaners sans pouvoir justifier ses propos. Le gouvernement sud-africain rejette ces accusations, soulignant que les bonnes relations entre les deux pays demeurent vitales. 

Avec ouest-france et Actuailes n°191 – 14 mai 2025

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Barham

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