Meurtre de Martin Luther King : la déclassification relance le débat sur la version officielle
Meurtre de Martin Luther King : la déclassification relance le débat sur la version officielle
Des centaines de milliers de documents concernant le leader des droits civiques assassiné à Memphis, aux États-Unis, en 1968, ont été rendus publics ce lundi.
Nouvelles déclassifications sous l’administration Trump. Après les archives relatives à l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy en janvier, ce sont celles concernant Martin Luther King qui ont été rendues publiques ce lundi 21 juillet. Une décision qui fait suite au décret du président américain du 23 janvier, qui ordonnait la déclassification des archives gouvernementales sur l’assassinat du président John F. Kennedy en 1963, ainsi que sur ceux de son frère Robert F. Kennedy, et de Martin Luther-King Jr. en 1968.
Au total, ce sont quelque 230 000 pages d’archives qui ont été déclassifiées, dans le but d’« assurer une complète transparence sur cet événement tragique et décisif dans l’histoire du pays », a déclaré la directrice du renseignement national des États-Unis Tulsi Gabbard.
Ces documents portent notamment sur l’enquête du FBI, la traque internationale de l’assassin présumé du leader des droits civiques aux États-Unis, et le témoignage d’un de ses codétenus. Ils prennent la forme d’un recueil de coupures de presse et de documents du « Bureau fédéral d’enquête » – notamment des rapports rédigés à l’occasion des enquêtes sur l’assassinat de Martin Luther King en 1976 par le FBI, et en 1979 par la Commission spéciale de la Chambre des représentants sur les assassinats.
Ces archives, qui ne révèlent pas d’élément crucial de nature à faire évoluer le travail des historiens, ne contiennent pas les enregistrements d’écoutes téléphoniques faites par le FBI, qui resteront sous scellé, comme d’autres documents encore, jusqu’en 2027.
Inquiétudes chez la famille de Martin Luther King
« Nous savons que la publication de documents concernant l’assassinat de notre père, le Dr Martin Luther King Jr., était attendue depuis longtemps, suscitant la curiosité du public depuis des décennies », a réagi, dans un communiqué, la famille du militant assassiné le 4 avril 1968 sur le balcon du Lorraine Motel à Memphis (Tennessee) alors qu’il soutenait les éboueurs noirs locaux dans une grève. « Nous demandons à ceux qui vont découvrir ces dossiers de le faire avec empathie, retenue et respect pour le deuil que continue à ressentir notre famille », ont prévenu les descendants du Prix Nobel de la paix 1964.
Car ils s’inquiètent d’un possible détournement des documents publiés pour « attaquer sa postérité ou les réalisations du mouvement ». Martin Luther King, ont-ils rappelé, était, de son vivant, visé par une « campagne de désinformation et de surveillance » orchestrée par le directeur du FBI John Edgar Hoover. Celui-ci voulait, d’après eux, « discréditer sa réputation et plus généralement celle du mouvement pour les droits civiques ».
4 avril 1968. Le jour où Martin Luther King est assassiné à MemphisLarry J. Sabato, directeur du Centre de politique de l’Université de Virginie qui a examiné les nouveaux documents avec sa propre équipe de chercheurs, met lui aussi en garde dans le New York Times : « il faut lire [les documents] attentivement et ne pas les prendre pour argent comptant. » D’après lui, des agents du FBI ont pu « gonfler », voire « fabriquer » des documents pour faire plaisir à Hoover.
Les proches de Martin Luther King ont par ailleurs réaffirmé ne pas croire à la culpabilité de James Earl Ray, le ségrégationniste blanc condamné pour l’assassinat. Il avait été reconnu coupable après avoir fui les États-Unis pour l’Angleterre, où il avait été capturé. Il est mort en prison en 1998. Les descendants du pasteur baptiste ont réaffirmé à plusieurs reprises leur conviction selon laquelle le ségrégationniste avait été piégé afin d’en faire un coupable.
Plusieurs autres figures des droits civiques, comme le démocrate alors représentant de Géorgie John Lewis – décédé en 2020 –, ou l’ex-ambassadeur des États-Unis aux Nations unies Andrew Young, ont appuyé leurs propos. Pour l’heure, aucun des documents rendus publics n’a pu corroborer ces théories.
Par Julie Malo — lepoint.fr


