Suspension des médias « jugés non conformes au code de la presse » au Senegal : un choix politique

Suspension des médias « jugés non conformes au code de la presse » au Senegal : un choix politique

Sénégal: de nombreux médias inquiets faute d’avoir obtenu le feu vert de l’administration

Les médias sénégalais sont vent debout contre la décision du ministère de la communication de suspendre, avec effet immédiat, tous les médias qui ont échoué à se mettre en conformité avec un certain nombre d’obligations administratives. La liste définitive de médias concernés n’a pas encore été rendue publique, mais sur les 650 et quelques médias que compte le pays, plus de 350 sont potentiellement concernés par cet arrêt de leur activité.

Depuis la publication, vendredi 25 avril au Sénégal, de cette décision de suspendre les médias « jugés non conformes au code de la presse », la confusion et l’inquiétude règnent parmi les entreprises de presse. Jusqu’à février, un processus d’enregistrement des médias était en cours. Fatou Kama, Redactrice en chef de la chaîne (youtube) diasporanews tv assure avoir fourni tous les documents demandés, mais sans nouvelles des autorités, elle et les 10 employés de sa chaîne pensent figurer parmi les médias désormais interdits de travailler. Une atteinte à la liberté de la presse selon Fatou Kama. 

« Jusqu’à présent, ils ne nous ont pas contactés pour nous dire, vous avez manqué ceci ou cela. En tout cas, ce qu’on sait, c’est que, actuellement, l’État qui était censé protéger la liberté de la presse est en train de mettre des bâtons dans les roues. Nous avons cessé de travailler, depuis presque une semaine, et c’est vraiment une entrave grave à la démocratie sénégalaise qui est reconnue dans le monde entier ».

La liste des médias autorisés est réduite

Sur les 650 et quelques médias au Sénégal, seuls 258 ont, pour l’heure, été déclarés conformes aux exigences administratives des nouvelles autorités. Pour Le président du patronat de la presse sénégalaise, Mamadou Ibra Kane, avec cette décision de suspendre certains médias, le ministère de la communication outrepasse ses prérogatives. « Ils veulent domestiquer la presse. C’est-à-dire qu’ils veulent eux-mêmes dire qui a le droit d’être un média au Sénégal ou non. Cela, c’est vraiment inconcevable, c’est arbitraire et c’est ce contre quoi nous luttons actuellement ».

Le conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal a donc prévu de déposer un recours en annulation devant la Cour suprême. De son côté, le ministère de la communication assure qu’un certain nombre de dossiers sont encore en cours de traitement et promet une rencontre avec les entreprises de presse ce vendredi.

Avec notre correspondante à Dakar, Léa-Liza Westerhoff

Liste de médias autorisés au Sénégal: un choix politique pour certains patrons de presse

L’actualité au Sénégal c’est toujours cette liste de médias « conformes au Code de la presse » publiée mardi 3 décembre par le ministre de la Communication qui a expliqué que les médias recalés ne pourront plus imprimer ou émettre. Pour l’instant, seuls 112 dossiers ont été validés sur 380 déposés. Une sélection politique pour certains patrons de presse. Le gouvernement se défend.

Pour Mamadou Ibra Kane, du Comité des éditeurs et diffuseurs de presse au Sénégal, le gouvernement n’a pas à décider quelle entreprise de presse est légale ou non. Il estime que la liberté de la presse est menacée dans le pays avec cette sélection. La directrice de la chaîne 7TV, Maïmouna Ndour Faye, elle aussi absente de la liste, parle d’une tentative de liquidation de la presse privée et veut saisir la justice pour abus de pouvoir.

Alioune Tine, du Think Tank Afrikajom Center appelle les autorités à dialoguer et à ne fermer aucun média. « Ne commettez surtout pas l’erreur de créer des victimes de la démocratie, comme le régime précédent » demande-t-il dans un tweet. Du côté du ministère de la Communication on se défend de toute manoeuvre politique et on rappelle qu’il n’y a pas de média d’opposition dans la loi.

Jusqu’au 6 décembre

Le directeur de la Communication explique que certains ont été recalés parce qu’ils n’avaient tout simplement pas fait la demande. Pour d’autres, la licence d’exploitation n’est pas à jour, ou alors il leur manquait une autorisation préalable. Enfin, le ministère rappelle que certains médias proches du pouvoir comme les WebTV Jotna ou Xalaat sont également absents de la liste. 

Pour rappel, les médias qui ne s’étaient pas enregistrés sur la plateforme en ligne ont jusqu’au vendredi 6 décembre pour le faire. Les médias recalés, eux, attendent leur notification officielle pour compléter éventuellement leur dossier. 

Avec notre correspondante au Sénégal, Juliette Dubois 05/12/2024

RFI

Barham

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