Donald Trump/Harvard: le bras de fer

Donald Trump/Harvard: le bras de fer

6 700 étudiants menacés : comment Donald Trump veut mettre Harvard à genoux en l’empêchant d’accueillir des étrangers

Les plusieurs milliers d’étudiants étrangers de Harvard devront-ils prendre la porte à la fin de l’année scolaire ? Jeudi 22 mai, la ministre américaine de la Sécurité intérieure Kristi Noem a adressé une lettre à la direction de l’université située à Cambridge, dans le Massachusetts : « La certification du programme SEVIS (Student and Exchange Visitor) (…) est révoquée avec effet immédiat. » Une décision qui signifierait que Harvard a l’interdiction de recevoir des étudiants titulaires de visas F ou J — conçus pour les échanges internationaux et les études à l’étranger à temps plein — pour l’année scolaire 2025-2026. Et qui pourrait avoir de lourdes conséquences, non seulement pour les étudiants concernés, mais aussi pour les finances et le prestige de l’université de l’Ivy League.

« C’est un privilège d’accueillir des étudiants étrangers et c’est également un privilège d’employer des étrangers sur le campus. (…) Au vu de vos refus de répondre aux nombreuses requêtes du département de la sécurité intérieure, tout en maintenant un environnement non sécurisé, qui est hostile aux étudiants juifs, qui favorise les sympathies pro-Hamas et qui défend les politiques racistes DEI [diversité, égalité et inclusion, ndlr], vous avez perdu ce privilège », peut-on lire dans le courrier. L’administration Trump — et l’administration Biden avant elle — accuse depuis plusieurs semaines Harvard d’avoir laissé se dérouler les manifestations propalestiniennes depuis l’attaque du 7 octobre 2023 en Israël.

Donald Trump tente de faire plier Harvard

Selon la ministre de la Sécurité intérieure, les étudiants déjà inscrits à Harvard devront « se transférer » dans une autre université pour ne pas perdre leur visa. La perte, pour l’une des plus prestigieuses universités américaines, du droit d’accueillir des étrangers porterait un coup très dur à sa notoriété et à son rayonnement international. Interrogé par l’AFP, un étudiant autrichien de 21 ans explique avoir pris les devants et s’être transféré à Oxford (Royaume-Uni), s’attendant à une annonce de la sorte : « J’aime Harvard et y entrer a été le plus grand privilège de ma vie (mais) les Etats-Unis sont de moins en moins attractifs pour l’enseignement supérieur. »

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Et l’enjeu est également financier. Harvard accueille près de 6 700 étudiants étrangers qui représentent 27 % de ses effectifs. Et qui, contrairement aux étudiants américains, payent souvent leur scolarité plein tarif. Cela priverait donc l’université d’une source de revenus non négligeable. Une perte qui viendrait s’ajouter aux 2,6 milliards de dollars de subventions ayant déjà été retirées par Donald Trump, ainsi qu’au gel d’autres financements publics pour la recherche.

Il faut ajouter à cela la suppression annoncée par le président américain d’une exemption fiscale permettant à Harvard d’économiser 465 millions de dollars par an, selon Bloomberg. Qui plus est, le Budget actuellement en examen au Congrès pourrait faire passer l’imposition à laquelle est soumise l’université de 1,4 % à 21 %. La stratégie est claire : Donald Trump et son administration tentent de faire plier Harvard en la privant de ressources économiques.

Harvard attaque l’administration Trump en justice

Le département de Sécurité intérieure a posé un ultimatum à la prestigieuse université : pour pouvoir accueillir des étrangers l’année prochaine, Harvard doit fournir dans les 72 heures toutes les informations dont elle disposerait sur les supposées activités « illégales » de ses étudiants ces cinq dernières années. « Cette décision du gouvernement est illégale », s’est insurgé de son côté un porte-parole de l’établissement.

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Le lendemain de l’annonce, vendredi 23 mai, Harvard a finalement décidé d’attaquer en justice l’administration Trump. « Ceci est le dernier acte de représailles mené par le gouvernement contre Harvard et son droit au Premier amendement (qui protège la liberté d’expression, ndlr) pour rejeter les demandes du gouvernement, qui cherche à prendre le contrôle de la direction de Harvard, de ses programmes et de l’idéologie de l’université et des étudiants », peut-on lire dans la plainte déposée auprès du tribunal fédéral du Massachusetts. Le bras de fer continue.

Les universités de l’Ivy League dans le viseur

Harvard n’est pas le seul établissement dans le viseur du président Trump, qui en a après toutes les universités de l’Ivy League. Jeudi 22 mai, le ministre américain de la Santé, Robert Kennedy Jr, a affirmé que Columbia a « violé la loi fédérale sur les droits civiques » en faisant preuve « d’indifférence délibérée à l’égard de l’environnement hostile auquel sont confrontés les étudiants juifs ». Contrairement à Harvard, l’université située à New York, tente de montrer patte blanche pour récupérer 400 millions de dollars de subventions, sans succès pour le moment.

Challenges

Barham

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