Des multinationales s’enrichissent grâce au génocide en cours à Gaza, affirme un rapport de l’ONU

Des multinationales s’enrichissent grâce au génocide en cours à Gaza, affirme un rapport de l’ONU

Alors que la bande de Gaza est ravagée par plus de vingt-et-un mois de bombardements et de blocus, la dernière offensive d’Israël ne fait pas que des victimes, elle fait aussi quelques heureux, rapporte un article du Guardian. Dans un rapport choc présenté au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Francesca Albanese, juriste italienne et experte indépendante, dresse la liste des entreprises et institutions financières mondiales qui, selon elle, tirent profit de la guerre et donc du génocide en cours.

Pour Francesca Albanese, la mécanique est implacable: «Tandis que la vie à Gaza est anéantie et que la Cisjordanie subit une offensive croissante, ce rapport montre pourquoi le génocide commis par Israël se poursuit: parce qu’il rapporte à beaucoup de monde.» Son rapport, intitulé «De l’économie de l’occupation à l’économie du génocide», détaille la façon dont des entreprises de l’armement, du BTP, de l’agroalimentaire ou de la finance, participent –directement ou indirectement– à la machine de guerre israélienne.
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Parmi les exemples les plus frappants: Lockheed Martin, géant américain de l’armement, qui fournit à Israël les avions de chasse F-35, utilisés pour bombarder Gaza, et dont plus de 1.600 sous-traitants sont impliqués dans la chaîne de production. Palantir, entreprise tech du soutien de Donald Trump, Peter Thiel, est elle aussi pointée du doigt pour son partenariat stratégique avec l’armée israélienne, fournissant des outils d’analyse et d’aide à la décision sur le champ de bataille.
Une économie mondialisée du conflit

Côté BTP, Volvo est régulièrement épinglé pour la fourniture de bulldozers et d’engins utilisés lors de destructions massives de maisons, de mosquées ou d’infrastructures palestiniennes, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie. Malgré les preuves accumulées par les ONG, le groupe suédois continue de vendre ses machines à Israël via des partenaires locaux, arguant que la revente sur le marché d’occasion ne relève plus de sa responsabilité.

Le rapport va plus loin: il accuse aussi les géants de la finance internationale d’alimenter la guerre, en achetant les obligations d’État israéliennes qui permettent de financer le conflit et de compenser les déficits budgétaires. BNP Paribas, Barclays, Pimco, Vanguard, ou encore le fonds souverain norvégien GPFG sont cités pour avoir, depuis octobre 2023, accru leurs investissements dans l’économie israélienne.
Des mesures fortes recommandées

Francesca Albanese rappelle que la responsabilité des entreprises est désormais inscrite dans les principes directeurs de l’ONU sur les droits humains: elles doivent s’assurer que leurs activités ne contribuent pas à des violations et prendre des mesures pour y remédier. Elle évoque aussi les précédents historiques, comme le procès des industriels allemands à Nuremberg ou la Commission de la vérité et de la réconciliation en Afrique du Sud, pour rappeler que l’impunité des entreprises n’est jamais acquise.

Pour la rapporteuse, la qualification de «génocide» ne fait plus de doute. «Israël a commis des actes reconnus comme génocidaires: tuer près de 60.000 personnes, détruire 80% des habitations, priver d’eau et de nourriture…», énumère-t-elle. L’argument selon lequel il faudrait attendre un jugement définitif de la Cour internationale de Justice (CIJ) ne tient pas, alors que la CIJ a déjà reconnu un «risque réel et imminent» de génocide et ordonné des mesures préventives –restées lettre morte côté israélien.
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Le rapport de Francesca Albanese recommande des mesures fortes: embargo total sur les armes, sanctions contre les entreprises et dirigeants impliqués, poursuites devant la justice internationale pour complicité de crimes de guerre ou de génocide. Elle appelle aussi à une vigilance accrue sur les investissements, la traçabilité des chaînes d’approvisionnement et la responsabilité des dirigeants d’entreprise.

Pour l’heure, la plupart des gouvernements occidentaux restent sourds à ces recommandations, arguant de la complexité du dossier ou de la nécessité de laisser la justice internationale suivre son cours. Mais la pression monte: ONG, experts de l’ONU et sociétés civiles réclament que la complicité économique dans les crimes de masse ne reste plus impunie.

Slate.fr

Barham

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