Ce que les gens ont aimé en Trump, c’est justement qu’il n’était en rien un modèle

Ce que les gens ont aimé en Trump, c’est justement qu’il n’était en rien un modèle

« On se demande naïvement pourquoi tant de gens ont voté pour Trump. Ce qu’ils ont aimé en lui, c’est justement qu’il n’était en rien un modèle »

Tribune de Jean-Yves Heurtebise, philosophe

Jean-Yves Heurtebise, docteur en philosophie, considère, dans une tribune au « Monde », que le retour au pouvoir de l’ancien président des Etats-Unis est une marque de « nihilisme », qui signifie l’entrée dans l’ère de la décivilisation des mœurs.

Avec la réélection de Donald Trump, 47e président des Etats-Unis, la démocratie a accouché d’un de ses rejetons qui pourraient nous faire presque douter de son bien-fondé. Le sens à donner au retour au pouvoir du trumpisme varie selon la grille politique de chacun. A droite, il marque le triomphe du bon sens populaire, porté par la nécessité de satisfaire les besoins fondamentaux (se nourrir, se loger), exprimant le rejet des élites intellectuelles et médiatiques. A gauche, il signale la « bêtise systémique » de masses trompées par un showman hâbleur et votant à l’encontre de leur appartenance de race et de classe. A droite, on y lira avec satisfaction le rejet du « wokisme » ; à gauche, on y verra avec angoisse le déni de la décence collective.

Les résultats peuvent toutefois être analysés à l’aune de facteurs plus objectifs : la racialisation de la société américaine (91 % des femmes noires ont voté pour Kamala Harris ; 60 % des hommes blancs pour Trump) ; la déculturation de l’électorat conservateur (les électeurs républicains sans études supérieures sont trois fois plus nombreux que ceux démocrates) ; la gauchisation de la base démocrate (12 millions des votes pour Biden en 2020 ont manqué à Harris en 2024, à cause d’un soutien jugé univoque à Israël et d’une absence de projets écologiques et citoyens) ; l’échec de la campagne trop courte de la vice-présidente sortante ; la politique de la terre brûlée de Trump (blocage du vote sur l’immigration), qui a su capitaliser sur le mécontentement d’une population ayant dû faire face à 20 % d’inflation en quatre ans ; la prolifération d’une désinformation souvent relayée par le réseau social X, ex-Twitter, propriété d’Elon Musk, qui a fait campagne pour Donald Trump

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Barham

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